Mutuelle senior : après 85 ans, la facture annuelle grimpe à 1 694 euros
Un baromètre établi sur près de 27 000 demandes de devis confirme ce que la statistique publique décrit depuis longtemps. Plus on vieillit, plus la complémentaire santé coûte cher, et moins on fait jouer la concurrence.
Les assurés de 85 ans paient en moyenne 1 694 euros par an pour leur complémentaire santé, selon le premier baromètre du courtier Groupe Hueber Assurances, établi à partir de plus de 26 000 demandes de devis et de 1 947 contrats souscrits. Entre 55 et 59 ans, la facture moyenne s’établit à 975 euros. L’écart atteint 719 euros par an, soit 74 % de plus, à un âge où les revenus n’augmentent plus. Rapporté au mois, la cotisation passe d’environ 81 euros à 141 euros.
Ces montants n’ont rien d’une anomalie propre à un portefeuille. Selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), un assuré de 75 ans peut payer de deux à quatre fois plus qu’un assuré de 20 ans pour des garanties équivalentes. Les retraités cumulent deux handicaps : leurs dépenses de santé augmentent et ils ont perdu la participation de l’employeur qui finançait leur contrat collectif pendant leur vie active.
Le sujet concerne du monde. Selon l’Insee, 14,9 millions de Français ont 65 ans ou plus, soit 21,8 % de la population. Ceux qui quittent une entreprise peuvent conserver leur contrat collectif grâce à la loi Evin, mais les hausses de tarif ne sont encadrées que sur trois ans : aucune augmentation la première année, 25 % au plus la deuxième, 50 % au plus la troisième. Passé ce délai, le tarif devient libre, et le retraité se retrouve face au marché individuel.
Ceux qui paient le plus sont ceux qui comparent le moins
Le second enseignement du baromètre surprend davantage. Parmi les demandeurs de 87 ans et plus, 82,4 % ne donnent aucune suite à leur demande de devis. Chez les 58-59 ans, la proportion tombe à 57,5 %. Or changer de contrat rapporte 155 euros par an en valeur médiane, selon les données du courtier. Les assurés les plus âgés, qui supportent les cotisations les plus lourdes, sont aussi les plus nombreux à renoncer à l’économie.
Les raisons avancées par les professionnels tiennent à la peur de perdre des garanties, à l’attachement à un assureur historique et à la complexité des tableaux de remboursement. Il faut garder à l’esprit la source : un courtier a intérêt à ce que les assurés changent de contrat. Le constat de fond, en revanche, rejoint celui des associations de consommateurs.
Un gel des tarifs resté théorique
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait un gel des cotisations des complémentaires santé par rapport à 2025. En avril, une enquête de Que Choisir Ensemble menée auprès de 4 271 assurés a pourtant montré que près de 99 % des répondants avaient subi une hausse de leur contrat. Les retraités, qui paient seuls leur couverture, en ressentent le poids plus que les autres.
Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie relève de son côté qu’une partie des retraités réduit son niveau de garanties, voire renonce à toute complémentaire, pour des raisons financières. Le risque se déplace alors vers le reste à charge au moment d’une hospitalisation ou d’un appareillage.
L’outil qui permet de réagir existe depuis décembre 2020 : la résiliation infra-annuelle. Après un an de contrat, un assuré peut quitter sa complémentaire santé à tout moment, par simple courrier, courriel ou via son espace client, la résiliation prenant effet un mois plus tard. Encore faut-il comparer à garanties égales, ce qui suppose de connaître ses besoins réels en optique, en dentaire et en audioprothèse, trois postes largement couverts par le dispositif 100 % Santé pour les équipements de base.
Pour les petites pensions, la Complémentaire santé solidaire mérite une vérification. Elle est gratuite ou coûte au plus un euro par jour selon les ressources, et supprime l’avance de frais. Les plafonds sont révisés chaque année, un retraité qui n’y avait pas droit peut donc y devenir éligible.
Le baromètre ne dit pas combien de seniors paient trop cher. Il montre qu’à partir de 85 ans, la cotisation devient l’une des dépenses contraintes les plus lourdes du budget, et que la mise en concurrence recule précisément quand elle rapporterait le plus.
