Retraite complémentaire : +1,4 % au 1er novembre, et une majoration pour enfants en sursis
Après une année de gel, les 14 millions de retraités de l’Agirc-Arrco verront leur pension complémentaire revalorisée de 1,4 % au 1er novembre, moins que l’inflation. Le budget de la Sécurité sociale prévoit aussi de remplacer la majoration de 10 % accordée aux parents de familles nombreuses par un forfait, dont le montant reste à fixer.
Un retraité qui perçoit 800 euros par mois de pension complémentaire touchera 11,20 euros de plus à partir de novembre. Le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, le régime de retraite complémentaire des salariés du privé, a voté le 14 octobre une hausse de 1,4 % de la valeur du point, après une année blanche : faute d’accord entre syndicats et patronat, les pensions n’avaient pas bougé en novembre 2025. Le patronat proposait alors 0,2 %, les syndicats environ 1 %, selon le site France Épargne.
Selon le régime, la mesure coûtera 1,4 milliard d’euros en année pleine, 21 milliards sur quinze ans, et concerne 14 millions de retraités. La valeur d’achat du point, qui détermine les droits acquis par les salariés en activité, sera fixée lors de la prochaine négociation. La valeur de service du point passerait de 1,4386 euro à environ 1,4587 euro, d’après le site France Épargne.
La hausse reste en deçà des prix. L’accord de 2023 qui encadre la revalorisation part de l’inflation hors tabac prévue pour l’année, ici 2 %, diminuée de 0,4 point. Le conseil peut ensuite ajouter ou retrancher 0,4 point, sans dépasser la progression du salaire moyen, de 1,9 % en 2026. La fourchette allait donc de 1,2 % à 1,9 %. Sur un an, l’Insee mesurait en septembre une hausse des prix de 3,1 %.
Un vote sans unanimité
Le patronat a d’abord proposé 1,2 %, avant de passer à 1,4 % en « prétendant faire un geste d’ouverture », ironise la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), qui réclamait « une revalorisation des pensions proche du plafond autorisé (+1,9 %) ». Le Medef, la CPME, l’U2P, la CFDT, la CFTC et FO ont voté pour. La CGT ne l’a pas soutenu, et la CFE-CGC avait quitté les discussions. « C’est clairement un vote qui n’est pas du tout acceptable, qui est scandaleux », a déclaré le négociateur de la CGT, Denis Gravouil. Pour Fabien Guimbretière, secrétaire national de la CFDT chargé des retraites, « on a agi en responsabilité pour revaloriser les pensions des retraités ». La CFTC a voté le texte, sans enthousiasme : « L’intransigeance du Medef est inquiétante pour l’avenir », a confié Léonard Guillemot, de la CFTC, au Parisien.
Les syndicats rappellent que le régime n’est pas à court d’argent. Ses réserves dépassent 90 milliards d’euros, selon la CFTC, soit environ dix mois de pensions d’après MoneyVox. La CFDT calcule que les réserves projetées à quinze ans couvriraient environ 87 % d’une année de prestations, quand les règles du régime en exigent 50 %. Le Medef, lui, appelle à « préserver durablement le régime ». Les pensions de base suivront un autre calendrier : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 limite la revalorisation complète au 1er janvier aux pensions les plus modestes, autour de 1 260 euros par mois toutes pensions confondues, avec un lissage au-delà. Ce seuil représente 85 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), et environ un tiers des retraités se trouvent en dessous, selon l’Agence France-Presse.
La majoration de 10 % remplacée par un forfait
Le même PLFSS, déposé le 1er octobre, s’attaque à un avantage ancien. Aujourd’hui, la pension de base des parents qui ont eu ou élevé au moins trois enfants est majorée de 10 %. L’article 34 du texte la remplace par une majoration forfaitaire, identique pour tous, versée à partir d’un « nombre minimum d’enfants » et d’un montant que fixera un décret. Elle s’appliquerait aux pensions qui prendront effet à partir du 1er juillet 2027. Le gouvernement veut garder un coût « du même ordre » que le système actuel. La majoration propre à l’Agirc-Arrco n’est pas concernée.
Le gouvernement met en avant l’équité entre pères et mères. En 2020, les pères touchaient 62 % des sommes versées au titre de la majoration, avec 136 euros par mois en moyenne, contre 77 euros pour les mères, la majoration étant proportionnelle à la pension. « Un enfant rapporte plus pour un homme que pour une femme. Ce n’est pas normal », a dit en septembre le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Deux montants circulent. L’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires sociales avaient proposé 125 euros par mois : les 40 % de bénéficiaires les plus modestes y gagneraient, et les 20 % les mieux pensionnés perdraient en moyenne 1,9 % de leur retraite pour les hommes, 1,3 % pour les femmes. La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui a simulé un forfait de 150 euros, juge qu’il ne réduirait que faiblement l’écart entre femmes et hommes. L’écart de pension de droit direct entre femmes et hommes atteignait 37 % en 2023.
